Le passé lointain, c'est une ancestrale tradition de l'oléiculture dans la partie la plus méridionale de l'Ardèche, la seule dont le climat fortement influencé par la Méditerranée, convienne aux exigences de soleil de l'olivier. Depuis le Moyen-Age, Rougette, Blanche de Payzac, Négrette, Grosse Violette ou Noirette, une belle palette de variétés d'olives typiquement ardéchoises agrémente les accols de la Cévenne vivaraise. Au début du XXème siècle, utilisant l'eau vive des torrents, une trentaine de moulins à huile travaillaient dans la région. Les vieux d'ici se souviennent encore de ces moulins d'autrefois qui avaient souvent deux meules et selon la saison écrasaient châtaignes ou olives.

 

Le passé proche c'est, depuis les frimas de l'hiver 1956 et leurs grands dégâts sur les oliviers, la restauration patiente et laborieuse du verger oléicole ardéchois et son extension : 6000 oliviers ont été plantés chaque année en moyenne depuis cette catastrophe.
Dans le même temps, le tourisme et la mondialisation ont favorisé la découverte par tous des saveurs et des vertus de l'huile d'olive et la généralisation de sa consommation bien loin de son berceau méditerranéen. Le goût naissant de l'habitude, c'est aussi maintenant la recherche d'une huile de qualité à la typicité affirmée.

Le présent ou presque, c'est la création en 2001 de L'Olivier de Vincent. L'origine de cette aventure ? l'amour du pays, le savoir-faire, l'enthousiasme et la pugnacité indéfectible de Violette et Dominique Vincent. Ardéchois grand teint, d'origine paysanne, Dominique a eu aussi le plaisir de reprendre une tradition familiale, celle de son arrière-grand-père, Jules Roustang, le dernier moulinier de Faugères au XIXème siècle.


 

Pour commencer, une ravissante petite boutique aux couleurs de l'olive s'est nichée tout près de la vieille fontaine dans la partie médiévale de la bourgade des Vans. Son contenu ? hétéroclite mais thématique : " l'olive dans tous ses états " . Se bousculent sur les rayons, olives confites, vertes et noires, diverses et variées, huiles de pays, tapenades, savons, oliviers bonzaï et de plus en plus de produits corporels savamment créés par Violette et fabriqués dans la région avec des huiles ardéchoises. Là, on déguste et on reçoit aussi des conseils éclairés dispensés avec l'accent et l'humour du maître des lieux. Toute aussi charmante, une seconde boutique implantée au centre de Ruoms l'année suivante a permis à l'Olivier de Vincent d'élargir son rayon d'action...

L'actualité pour finir c'est LO MOLIN DE VINCENT

Niché tout près de l'élégante église de grès rouge de Brès, hébergé dans une maison du XVII è siècle fort joliment restaurée par Dominique, le moulin a enfin ouvert ses portes au public le 24 novembre 2004.
Dès l'ouverture et jusqu'à la fin de la campagne, le 28 décembre, c'est environ 30 tonnes de fruits que cette rutilante machine italienne a broyé inlassablement pour en extraire 6000 litres d'huile. Accueillir les oléiculteurs, peser les olives, nourrir la bête, la vider sans oublier chaque soir de lui accorder les deux heures de toilette qu'elle exige … des journées également bien remplies pour les mouliniers !

 

LES ETAPES DU MOULINAGE

 


Olives noires, vertes violettes ou rouges, petits paniers ou lourds empilements de cageots, plus de 300 oléiculteurs confirmés ou débutants ont convergé vers ce lieu incontestablement devenu pour un mois l'endroit le plus branché du canton. Certains ont dû attendre, il faut deux bonnes heures pour traiter 150 kilos d'olives, et ce fut l'occasion de boire un petit coup, de faire quelques emplettes à la boutique ou d'échanger recettes de cuisine et méthodes culturales. Pour remplir la machine, d'autres ont dû se regrouper, après quelques négociations dans la bonne humeur, les inconnus qui ont accepté de mélanger leurs olives sont parfois devenus des copains. Respectant l'usage les anciens ont souvent apporté une bouteille de vin pour trinquer avec le moulinier.
Chacun est reparti fièrement avec sa petite bouteille ou ses bidons remplis de l'odorant et savoureux suc ambré du fruit d'Athéna, le meilleur à n'en pas douter !
Ambiance joyeuse, convivialité assurée, une belle animation dans le village, une vie sociale plus harmonieuse... les maîtres des lieux estiment avoir rempli la mission qu'ils s'étaient fixée et se réjouissent d'avoir fait revivre les traditions d'antan avec un moulin du XXI ème siècle.